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Le bibliobus. C'est un terme qui me fait rêver. Vous allez penser : un bus qui transporte des caisses de livres, il y a plus exaltant, surtout dans notre société actuelle !  Et pourtant. Quand j'étais petite fille, j'avais moins de 8 ans, j'accompagnais parfois ma mère au bibliobus qui passait dans notre quartier, à Grenoble. C'était le tout début des années 70. 

 

Entrer dans ce bus aux couleurs inhabituelles, du moins pour moi, découvrir des rayonnages de livres offerts aux lecteurs, pénétrer dans ce silence entrecoupé de chuchotements et respirer cette odeur mélangée de papier et d'essence, quel plaisir !! Et quel étonnement de sentir bouger cette bibliothèque ambulante sous mes pieds et sous le poids des personnes présentes ! 

 

Ma mère qui me paraissait si belle et qui était si élégante prenait le temps de choisir des romans tandis que j'étais intimidée par le rituel des lecteurs venant déposer les livres qu'ils rapportaient ou empruntaient devant une personne assise au fond du bibliobus et qui semblait attendre en silence.

 

C'est ce silence qui m'impressionnait, le respect dû au lecteur, à la lectrice pendant qu'il ou elle effectuait son choix. La tranquillité, la lenteur des gestes venaient d'un autre monde. Soudain, lorsqu’on s’était approché du guichet, de la petite table, le bibliothécaire prenait un stylo ou un crayon et notait des choses sur un cahier, une fiche.  Je ne sais pas vous, mais j’ai toujours été fascinée par les fiches d’emprunts qui gardaient les noms des lecteurs et les dates, les retards. C’est un peu comme une histoire qu’il faudrait décoder…

 

Dans le bibliobus, les frottements de livres et des couvertures plastifiées, le son subtil des pages que l'on tournait, les talons qui résonnaient, formaient une atmosphère qui est toujours en moi, dans mon cœur. Je me remémore avec facilité, à l'évocation du bibliobus, ces odeurs si particulières et empreintes de mystère pour la petite fille que j'étais.

 

Je voudrais remercier aujourd'hui ce service ambulant de lecture, un service certainement municipal, et ces employés qui étaient à tour de rôle les médiateurs d’un univers foisonnant. Le bibliobus restera pour moi un univers chaud, tranquille, hors du tumulte et un peu magique.

 

D'un point de vue plus terre à terre, je ne me souviens pas des livres que j’ai pu prendre à cette époque, dans ce bibliobus.

 

Ce que je sais, c’est que les livres empruntés ont, aujourd'hui, pour moi une matérialité différente des livres que je possède. Les livres de bibliothèque me semblent moins présents, moins solides, évanescents, comme prêts à s’évanouir dans une autre dimension lorsque la dernière page sera lue. J’ai encore ce sentiment lorsque j’ai en main un livre de prêt. Et ce sentiment perdure même à notre époque de virtualité où certains textes visibles sur Internet me paraissent plus concrets et plus présents que ces livres empruntés et éphémères.

 

Marie-Laure Tena – 9 septembre 2010

 

Tag(s) : #lecture publique, #bibliobus

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