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Le livre 

korzybski.jpgLa carte et le territoire, 428 pages, est paru en 2010 et a été récompensé par le Prix Goncourt 2010. L’histoire se déroule de nos jours, dans le milieu artistique et littéraire.

Le titre La carte et le territoire s’inspire de la sémantique générale qui, par cette expression, désigne l’écart qu’il peut y avoir entre la représentation d’une chose, la carte, et la réalité de cette chose, le territoire. La sémantique générale a été développée par Alfred Korzybski dans les années 30. En France, Michel Saucet a écrit un ouvrage complet sur la sémantique générale.

L’auteur

Michel Houellebecq s’est fait connaître du grand public avec son roman Les particules élémentaires. Né en 1958 à la Réunion, il est confié à six ans, selon la biographie de son site internet, à sa grand-mère vivant en métropole. A l’âge de vingt ans, Michel Houellebecq houellebecq.jpgentame sa carrière littéraire par des écrits poétiques. En parallèle, il obtient un diplôme d’ingénieur agronome. Son premier roman date de 1994, Extension du domaine de la lutte. Michel Houellebecq part s’installer en Irlande puis en Espagne. Il obtient divers prix pour ses ouvrages, dont le Prix Interallié en 2005.

Le contenu

Le protagoniste principal, Jed Martin, est un artiste dont les œuvres expriment différents niveaux de représentation de la réalité du territoire français, du monde industriel à travers ses produits manufacturés, ses métiers et ses leaders. Jed Martin ne se sent pas à l’aise dans la vie, la vraie vie, et s’enferme autour de ses œuvres. Elevé par un père peu disert, Jed Martin grandit à côté des autres. Il passe sa vie à observer le monde et à le dépeindre grâce à ses photographies puis à ses toiles qui atteindront des milliers voire des millions €. La relation entre Jed Martin et son père, architecte malade et vieillissant, sera faite de silences, d’échanges maladroits jusqu’au bout.

A l’occasion de sa notoriété grandissante, Jed Martin rencontre... Michel Houellebecq à qui il demande d’écrire un texte pour une prochaine exposition. Les deux hommes échangent des mails, se retrouvent chez Houellebecq d’abord en Irlande puis en France, dans la maison des grands-parents de l’écrivain. Jed Martin, être fictif, et Michel Houellebecq, écrivain réel, semblent converger dans leurs rapports au monde et à la réalité. Plus tard, Michel Houellebecq, à qui Jed Martin a offert le portrait qu’il en avait fait, se fait assassiner avec son chien dans de terribles conditions. Pendant une partie courte du roman, la police devient le sujet principal, laissant Jed Martin apparaître comme un témoin clé pour la résolution du crime. L’assassin, lui-même, n’échappe pas à l’opposition entre la carte et le territoire, entre la représentation de la réalité et la réalité, puisqu’il préfère recréer son propre univers. Dans les dernières pages, à la fin de sa vie, Jed Martin considère la France et son patrimoine comme une sorte de musée dans lequel on aurait tenté de reconstituer l’image que l’on se fait d’une France pittoresque donc touristique.

avisMon avis

Le contenu que j’ai décrit pourrait paraître peu engageant. Mais Michel Houellebecq, dont je lis pour la première fois un roman, use d’un style dépressif convaincant, d’une distanciation vis-à-vis de la réalité et des autres que je trouve très justes. Il y a également beaucoup d’humour, enfin j’ai ri mais était-ce le but recherché, dans la description du monde médiato-artistisque parisien, dans le portrait qu’il fait de lui-même, à la fois pathétique, vaniteux et caustique. En outre, le rapport entre réalité et représentation, entre la carte et le territoire, est un thème qui me fascine depuis l'adolescence. Ce rapport ou plutôt cette envie constante (ou l'inertie ?) de Jed Martin de rester dans le monde de la représentation artistique est très bien restituée. La réalité nous malmène parfois, nous la subissons, nous tentons d'agir sur elle et d'interagir avec les autres. La représentation de la réalité est un domaine personnel, subjectif que l'on peut maîtriser et adapter à son tempérament et à ses capacités ou incapacités relationnelles.

Enfin, c’est la toute première fois que j’arrive à lire et à terminer un roman primé par le Goncourt. Ce prix prestigieux est toujours attribué à des œuvres denses, difficiles d’accès voire ennuyeuses, si je peux me permettre. La carte et le territoire est un roman agréable à lire, malgré la neurasthénie des personnages principaux. J’ai découvert un auteur et son style, une histoire troublante mais au ton juste qui a fait écho en moi.

Marie-Laure Tena – 20 mars 2012

Tag(s) : #La carte et le territoire, #Houellebecq, #livre du mois

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