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Je vous livre aujourd'hui un article paru en 2009 dans l'International Herald Tribune. Le journaliste, Chris V. Nicholson, évoque la disparition des langues et les travaux effectués par des chercheurs en linguistique pour les sauver :

 

"Il existe six mille langues différentes sur Terre. Rien qu'en Afrique, on en parle 2000. Tous les jours des langues cessent d'être parlées. Mais chaque jour il en disparaît quelques unes. Trois mille sont en péril imminent. Or le sujet intéresse peu de monde et très peu d'argent est consacré à la préservation des langues : Comment sauver une langue qui se meurt ? Ce n'est pas évident. Une langue en péril, c'est chose abstraite. Une langue ce n'est ni visuelle, ni mignon (comme certains animaux), elle ne suscite pas spontanément l'intérêt. Il faut d'abord recueillir les connaissances des personnes âgées, mais il est tout aussi important d'impliquer les jeunes. Un linguiste de l'Université de Sidney a développé des logiciels appropriés, valables pour toutes les langues et qu'il met en œuvre notamment avec de jeunes Aborigènes de la région. D'autres spécialistes créent des sites Internet à la disposition de tous les locuteurs d'une même langue. Mais ces techniques ne suffisent pas. Par ailleurs les milieux traditionnels tendent à se disperser avec le départ des jeunes à la recherche d'emploi.

Pourtant la tâche est primordiale. Comme l'expliquent les quelques spécialistes du sujet, principalement anglo-saxons : « nous sommes en train de perdre la diversité ; il a fallu des milliers d'années aux humains pour développer chaque langue ; chacune porte tant de connaissances culturelles et écologiques ; ce qui disparaît ne pourra jamais être reconstitué ».

 

Peut-être une approche complètement différente viendra-t-elle au secours de ces chercheurs : des généticiens américains, africains et européens sont de plus en plus attentifs à la diversité génétique étonnante de l'Afrique pour d'un côté retracer la longue histoire de l'homme et de l'autre élaborer des traitements contre certaines maladies. Ils plaident en faveur de la préservation de la diversité, qu'elle soit génétique ou linguistique."

 

Les linguistes considèrent qu'une langue se construit autour d'une représentation spécifique du monde et de la réalité. Je suppose que, lorsqu'une langue disparaît, c'est la représentation du monde liée à cette langue qui disparaît. Notre perception de la réalité diminue donc d'année en année et s'uniformise. Le partage de mêmes valeurs et d'une même langue facilite sans doute la compréhension et l'entente. Mais mon impression est que le monde rétrécit et s'appauvrit.

 

J'ai toujours eu un grand plaisir à découvrir un autre point de vue culturel, une mise en lumière différente, même si sur le fond je peux ne pas être d'accord. Cette diversité me paraît essentielle pour avoir le sentiment d'exister. Selon moi, l'uniformité, la linéarité, l'attendu tuent ce qu'il y a d'étonnant et de rafraîchissant, de vital dans une autre culture. Mais peut-être faut-il être moins nostalgique ou moins poétique et être plus rationnel. Après tout, une langue commune, ce sont des dépenses en moins pour les traductions orales et écrites, moins de papier, moins d'enseignants en langues étrangères, des échanges d'informations plus rapides, une productivité sans doute accrue, etc.

 

Je finis par rejoindre certains qui considèrent que les grands groupes internationaux dont la langue est l'anglais ont tout intérêt à voir disparaître les autres langues et s'emploient au quotidien à nous faire ingurgiter un anglais approximatif, un broken english, destiné à nous préparer à travailler pour eux plus facilement.

 

Fantasme, paranoïa, possibilité ? Il suffit de regarder la télé, les pubs qui nous vantent à longueur d'année des formats "pockets", des produits "so good", qui veulent nous convaincre que "drink positive" et ça ira mieux et que si nous "let's colour" notre vie, alors tout sera joyeux. Je ne suis pas contre l'évolution de la langue française et j'aime utiliser les mots issus d'autres cultures lorsque le mot ou l'idée n'existe pas en français ou est moins précise. J'utilise moi-même des mots franglais qui me paraissent bien exprimer certaines idées (feedback par exemple). Mais pourquoi remplacer poche par pocket, vie par life, etc., qui ne sont, finalement, que des mots du langage courant ??

 

En ce qui me concerne, je soutiens de tout mon être les travaux des linguistes qui s'évertuent à sauver les langues en voie de disparition.

Marie-Laure Tena - 28 septembre 2010

Tag(s) : #Disparition des langues, #langues, #linguistique

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