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La question identitaire revient continuellement dans le débat public. Quand on posait la question à l’humoriste Pierre Dac, il répondait : « je suis moi, je viens de chez moi et j’y retourne ». Et pour vous, c’est quoi ?

Je vais apporter quelques éléments de réponses, issus principalement de la sociologie et de la psychologie, sur la notion d’identité en précisant tout de suite que ce concept est en perpétuelle évolution et dépend du contexte temporel, historique, culturel et scientifique. Autrement dit, la question de l’identité n’a pas de définition définitive car complexe et polymorphe, et est actualisée en fonction des recherches et de l’évolution des mentalités. La notion sociale et politique d'identité a émergé à la fin du XIXème siècle quand les pouvoirs publics et les penseurs ont tenté de poser des frontières, des limites, de clarifier qui est qui, qui est dedans, qui est dehors.

Dans le dictionnaire, l’identité personnelle est définie comme « conscience de la persistance du moi », « caractère de ce qui est, sous des dénominations et caractéristiques diverses ». En sciences humaines, on définit l’identité comme « l’ensemble des caractéristiques qui permettent de définir expressément un objet ou un acteur ».

Ainsi, l’identité peut-être individuelle, collective, biologique, juridique, culturelle, spirituelle, sexuelle, relationnelle, subjective, objective, générationnelle, sociale, etc. Les sociologiques parlent de « construit social ». L’identité  est multiple, s’inscrivant dans un temps, une filiation, une historicité familiale, locale, nationale, ethnique et dans le rapport à l’autre. Nous n’existons pas seuls. Nous existons aussi par rapport à autrui, dans un contexte donné. L’identité individuelle est à la fois singularité « je suis unique » et ressemblance avec l’autre (appartenance, communauté, partage de valeurs et de comportements, ou à l’extrême mimétisme). A la fin du XIXème siècle, le psychologue William James considérait qu’il y avait trois aspects de l’identité individuelle : le corps (soi matériel), les rôles sociaux (soi social) et la conscience de son existence et de son autonomie agissante (soi connaissant). Enfin, la psychanalyse freudienne s’est fondée sur le ça (le chaos, l’impénétrable de l’être), le moi  (fonctions conscientes) et le surmoi (intériorisation des interdits parentaux), le triptyque sur lequel l’identité serait fondée.

Notons que, peu à peu, le concept d’identité s’est enrichi des données liées à la conscience, à l’affectivité, aux enjeux personnels et à la notion de volonté. Pendant longtemps, ces données plus subjectives voire irrationnelles n’ont pas été intégrées dans l’étude sociologique de l’identité. C’est à un mouvement plus récent datant du début des années 80, que l’on doit la prise en compte de ces éléments plus ou moins rationnels. Les interactions sociales, les transactions relationnelles (le regard de l’autre sur soi et son intériorisation), les perceptions et le projet de vie deviennent partie intégrante de l’identité. Enfin Paul Ricœur évoquait l’identité narrative correspondant au besoin de créer un récit cohérent et unifié de sa vie et de son identité et de lui donner un sens.

L’identité personnelle se construit dès l’enfance, à partir des valeurs et comportements familiaux ou autres, d’histoires familiales positives ou non, de rencontres, d’expériences, de la culture nationale, locale, dans une temporalité donnée.  L’identité évolue en fonction des activités cognitives et affectives  ainsi que de l’altérité.

Ce que n’est pas l’identité personnelle : le rôle social, le genre, le statut (parentalité, profession, religion, ...). Cela en fait partie mais ne peut s’y réduire, sauf par un choix personnel et un surinvestissement au détriment d’autres éléments constitutifs de l’identité.  

Généralement, l’identité individuelle évolue au fil des événements et des expériences, même si le noyau identitaire peut rester identique. Ce noyau identitaire structure une conception du monde fondée sur la connaissance de soi. Il se crée également en opposition à l’autre, quel qu’il soit. La différence exprimée est essentielle à la prise de conscience de son identité. L’autre est nécessaire, même incontournable pour exister, s’opposer, se différencier, marquer son unicité. Mettons ce phénomène en parallèle avec les différentes étapes de la vie décrites par Vincent Lehnardt dans son ouvrage sur le coaching : dépendance (du nourrisson, de l’enfant, du débutant), la contre-dépendance (rébellion, adolescence, différenciation, etc.), l’indépendance (je peux ou veux exister sans les autres), l’interdépendance (je sais être seul et être avec les autres), l’accès au sens (je taille une pierre ou je construis une cathédrale ?).

Parce que l’identité définie et assumée permet de construire une cohérence, un récit de vie moins désordonné, parce que l’individu cherche à préserver son intégrité et ses valeurs, il peut y avoir lutte pour défendre celle-ci,  la revendiquer, l’exposer au monde. Défendre et montrer son identité, c’est alors exister, se singulariser, s’affirmer. Peuvent apparaître des mécanismes de défense comme on le voit dans ce tableau ci-dessous :

Quoi qu’il en soit, il y aura toujours une tension dynamique entre l’identité qui se singularise et l’identité qui se nourrit de l’altérité.

Toutes ces approches et ces questionnements sur le concept d’identité expliquent les débats qui animent les sociétés actuelles sur la famille, la filiation, les origines et le rapport à l’autre, sous-tendus par les valeurs, les croyances, les religions et tout ce qui est aux fondements quasi mythologiques d’une vie en société.

La remise en question des identités individuelles ou collectives, des frontières entre ce qui était acquis hier et ce qui est aujourd’hui et sera demain, incite l’ensemble de la société à se poser des questions identitaires, à relire le fait social, les notions d’éthique,  les aspects juridiques, les schémas sociétaux, la hiérarchie sociale à l’aune de l’évolution des mentalités, de nouvelles revendications et des recherches en sciences.

Marie-Laure Tena – 20 novembre 2019

 Sources :

L’identité – Alex Mucchielli professeur d’université – Collection Que sais-je aux Presses Universitaires françaises

Qu’est-ce que l’identité ? - Rencontre avec François de Singly  sociologue et chercheur au CNRS– Sciences Humaines – Mai 2018

Identité et altérité - Bethesda documentation – Notes de Dominique des psychologues Dominique de Bettignies et de Marie-Madeleine Laurent

Ce que n’est pas l’identité – Nathalie Heinich – Note de lecture  Sciences humaines – novembre 2018

Sciences humaines : numéros de septembre/octobre/novembre 2000

Les responsables, porteurs de sens – Vincent Lehnhardt – Insep Editions

Tag(s) : #identité
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