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Il y a quelques mois, j'avais été bouleversée par la poésie d'Amélia Néné, poète et militante congolaise, née en 1954 et morte en 1990. Plus récemment, l'intervention vidéo de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury sur les mères désenfantées m'a incitée à penser à la rédaction d'un article croisant l’œuvre de ces deux femmes sur la notion de maternité et de deuil. Et là, s'ajoute le magasine Sciences Humaines sur la parution d'un ouvrage sur les mères imparfaitres et les exigences de la société vis à vis d'elles. Parce que ces trois perspectives faisaient écho en moi et dans mon histoire familiale et amicale, il fallait que les trois soient traitées dans un seul article. Le voici !

Ce thème délicat des mères imparfaites (mais non maltraitantes) ou désenfantées (sans enfant ou ayant perdu un ou plusieurs enfants) s’appuie ainsi sur un poème d’Amélia Néné, sur le discours de Cynthia Fleury et enfin sur l’évocation dans les dossiers de Sciences Humaines du roman-témoin de Romina Rinaldi, auteure italienne et docteur en psychologie.

Qu’est-ce qu’une mère, peut-on s’interroger dans un contexte sociétal d’évolution de la parentalité. Naturellement, il y a la mère biologique qui est souvent la mère éducatrice, la mère de toute une vie. Il y a aussi la mère adoptante, la mère aimante, la belle-mère de la famille recomposée plus ou moins acceptée, mais aussi la mère imparfaite, la mère maltraitante, la mère absente parce qu’elle est partie ou qu’elle est décédée. Et aujourd’hui émergent les familles à deux mamans ou à deux papas, paternant et maternant à tour de rôle.

Ensuite, vient la douleur de la mère désenfantée. La douleur ineffable de perdre un enfant, un garçon ou une fille malade, accidentée, tuée, ou encore victime d’une disparition insoutenable. La blessure concerne les deux parents, leurs familles, leur histoire, et les marque à tout jamais. Une part d’eux est détruite, emportée. Les conséquences sont si diverses : séparation, maladies biologiques ou psychiatriques, tourments sans fin, larmes cachées, parfois sublimation et catharsis dans la littérature.

Cependant, offrons-nous, et à toutes les mères potentielles que l'âge soit passé ou non, à toutes les mamans en deuil, un peu de réconfort avec le message de douceur et de bienveillance lancé par Cynthia Fleury aux mères désenfantées :

Tout autre est la douleur, plus discrète (car honteuse ?) de ne pas être mère. La société s’attend à ce qu’une femme donne vie, avant que l’horloge biologique ne sonne le glas de la reproduction. Quelle femme n’aurait pas envie d’avoir un enfant ? Cela semble faire partie de sa vie, de son destin.

C’est un déchirement incommensurable et définitif de ne pas avoir d’enfant, de ne pas pouvoir être appelée Maman, ne pas aimer, dorloter, transmettre, raconter les histoires familiales et instruire un enfant et rire ou pleurer avec lui.  Les raisons de ne pas pouvoir avoir un enfant sont multiples : infécondité, solitude, maladie, génétique, ... Ainsi, Amélia Néné* a très bien exprimé cette souffrance dans un court poème percutant :

Infécondité

Tout sein

Porte un enfant

Le mien

Sec aride

A créé

Des pierres

Matrice infertile

Matrice fatale

Comment opères-tu

Pour enfanter des cailloux.

Pourtant la possibilité d'enfanter est actuellement questionnée dans la perspective d’un présent ou avenir proche plus individualiste, pollué, inégalitaire et pessimiste. Ces femmes ou "childfree" qui ne veulent pas d’enfant deviennent un phénomène de société tel que le décrivent un article de Figaro Madame paru en 2018 ou encore celui de Franceinfo de la même année. Dans son ouvrage, la psychologue et jeune maman Romina Rinaldi** parle de « vision dogmatique et normative de la maternité ».Je vous renvoie également à ce blog bien documenté sur le sujet https://nepasdevenirmere.wordpress.com/

Gardons enfin un espace pour ces mères imparfaites, critiquées, décriées (mais aimées pour l’éternité) dont la Docteur en psychologie Romina Rinaldi fait le portrait dans son essai. Voici un extrait de ses réflexions et humeurs en tant que future et jeune maman

Elle précise en fin d'introduction que "Il ne s'agit pour moi de dire aux parents comment "bien faire" mais plutôt "pourquoi ils ne feront jamais bien" et surtout pourquoi il ne devrait pas en être autrement".

Marie-Laure Tena - 21 octobre 2019

 

 

* Recueil « Perles perdues » Amélia Néné – Éditions Présence africaine. A noter que dans cet ouvrage, les poèmes sont aussi bien intimistes que politiques.

** Essai « Eloge des mères imparfaites »  Romina Rinaldi - Éditions Sciences Humaines.  Pour feuilleter l’ouvrage, cliquer ici.

 

Tag(s) : #mères, #mèresdésenfantées, #Textes poétiques, #humanisme, #CynthiaFleury, #AméliaNéné, #RominaRinaldi, #enfanter
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