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Lorsque le roi David mourut, son fils Salomon devint le souverain d’Israël. Il vénérait Dieu, suivait les commandements bibliques et le Seigneur avait pour lui une affection particulière. Un jour, Il lui apparut en rêve et lui dit : « Parce que tu t’occupes si bien de l’héritage que je t’ai légué, Je ferai de toi le plus sage de tous les hommes. Aucun mortel ne t’égalera et tu auras aussi la richesse et la gloire qui couronnent les sages ».

Il en fut comme Dieu le dit. Salomon gagna par sa sagesse* une estime qui lui permit de gouverner son immense empire. Il jugeait avec équité chaque différend ; les peuples tiraient des leçons de ses sages sentences et chantaient les hymnes qu’il avait composés. Dieu lui permit aussi de comprendre le langage de tous les animaux et de connaître les mystères des plantes, de la plus petite fleur poussant au bord du désert jusqu’aux cèdres imposants, tandis que les esprits bons et méchants, comme les démons, s’inclinaient devant lui.

Un jour, le roi Salomon décida de réunir tous les oiseaux. Sur son ordre, les aigles arrivèrent bientôt des rochers, les goélands des mers, les alouettes des champs et les vautours des déserts. Les oiseaux de toutes les régions de la terre se trouvaient rassemblés devant son trône, lorsque le souverain s’aperçut qu’il manquait le coq de bruyère. Courroucé, il s’écria :

- Comment le coq de bruyère a-t-il l’audace de ne pas obéir à mon ordre ? Qu’on aille le chercher et qu’il soit châtié publiquement !

Salomon appela ses serviteurs mais, avant que ceux-ci ne partent à sa recherche, le coq se présentait déjà devant le souverain :

- Monseigneur, fit-il, pardonne mon retard. Me trouvant fort loin, je n’ai pu arriver plus tôt.

- Où étais-tu ? s’enquit Salomon sévèrement.

- Trois mois durant, j’ai volé à travers le monde pour trouver une ville qui ne te fût pas encore soumise. Loin vers l’est, au milieu d’un grand royaume, il en est une. Elle se nomme Kitor. Les pierres y sont d’or pur et les toits des maisons en argent. Il y pousse des arbres qui se souviennent des jours de la Création, leurs racines sont arrosées par l’eau qui sourd du Paradis. Sur cette ville, comme sur tout le royaume, règne une femme que l’on appelle la reine de Saba**. Si tu me l’ordonnes, Salomon, je retournerai à Kitor et je lui parlerai de ta puissance, afin qu’elle te vénère aussi.

Le discours du coq de bruyère plut au roi. Il manda aussitôt ses scribes et leur dicta une lettre qu’il remit au coq afin qu’il la transmît dès que possible à la reine de Saba, et le fit accompagner par un si grand nombre d’oiseaux que leurs corps couvraient le soleil d’un horizon à l’autre. L’étrange députation se mit en route sans tarder et bientôt la reine de Saba eut en main la lettre de Salomon :

« Moi, Salomon, roi d’Israël, t’adresse un message de paix. Dieu dans sa grâce m’a consacré roi des animaux domestiques et sauvages, des oiseaux du ciel, des poissons des mers et des rivières. Je règne aussi sur les démons et les esprits. Les rois viennent des quatre coins du monde me rendre hommage, et je leur rends la révérence. Si tu veux m’honorer de ta visite, il en sera de même avec toi. Mais si tu refuses de venir, j’enverrai mes armées dans ton pays. Mes héros sont les bêtes fauves, les oiseaux qui d’un coup d’aile déchaînent les ouragans, les démons qui vous étranglent dans votre lit ».

Sitôt que la reine de Saba eut parcouru la lettre, elle convoqua ses conseillers pour entendre leur avis :

 - N’obéis pas à un roi que nous ne connaissons pas, firent-ils. Ne te rends pas chez lui, ne lui répond même pas.

La reine toutefois ne les écouta pas. Son cœur était troublé et saisi par un mauvais pressentiment. Si le roi d’Israël peut ordonner aux oiseaux de couvrir le ciel, se disait-elle, quelle doit être sa puissance ! Elle commanda alors à ses marins de se préparer pour une longue traversée. Elle fit remplir les bateaux d’or, d’argent, de pierres précieuses, de bois rares, de  nombreux aromates et choisit soixante garçons et filles de même âge et de même taille, qu’elle para des mêmes vêtements pourpres. Lorsque tout fut prêt, elle partit avec sa cour en direction du ponant, vers Jérusalem.

Dès que le roi Salomon apprit l’arrivée de la reine de Saba, il ordonna à ses serviteurs de l’introduire dans une salle spéciale, construite tout entière de cristal. Lui-même prit place sur un trône de roche cristalline et attendit son invitée. La reine n’avait encore jamais vu de verre et elle pensa que Salomon était assis sur l’eau. Relavant alors sa robe, elle découvrit ses pieds

- Tu as le plus joli visage que j’aie jamais vu chez une femme, dit Salomon*** en l’accueillant mais tes jambes sembles velues comme celle d’un homme.

La reine de Saba rougit :

- Je vois que tu t’intéresses à ce qui reste caché aux autres, répliqua-t-elle sèchement. Tu ne refuseras donc certainement pas de répondre à quelques questions .Je suis curieuse de savoir si ta sagesse alors ne te fera pas défaut.

- Interroge-moi, je t’en prie, acquiesça Salomon.

- Cela pousse dans les champs et penche la tête comme un roseau. Pour le riche cela signifie la gloire, pour le pauvre la honte, cela décore les morts et menace les vivants, réjouit les oiseaux mais tue les poissons.

- C’est le lin, répondit le roi. Si l’on en tisse un vêtement élégant, il devient la gloire des riches mais les haillons de lin sont la honte des pauvres. Le linceul orne les morts, mais la corde de la potence effraie les vivants. Les oiseaux le recherchent parce qu’il les nourrit mais les poissons le fuient car c’est dans ses filets qu’ils trouvent la mort.

- Ta réponse est exacte, accorda la reine de Saba. Mais dis-moi maintenant quelle est l’eau qui ne tombe ni du ciel ni des montagnes, qui est parfois douce comme le miel et parfois amère comme l’absinthe, tout en provenant d’une même source.

- Les larmes qui coulent sur les joues ne tombent ni du ciel ni des montagnes. Quand l’homme se réjouit, les larmes lui sont douces mais, dans la douleur et la peine, elles deviennent infiniment amères.

- La deuxième réponse est exacte elle aussi, reprit la reine de Saba. Mais devineras-tu quels cadeaux j’ai reçu de ma mère ? L’un est né dans l’océan, l’autre se cachait dans les profondeurs de la terre.

- Le collier de perles que tu portes à ton cou et l’anneau d’or à ton doigt prouvent que j’ai deviné de quoi tu me parles, dit Salomon en souriant.

- Quelle réponse donneras-tu à ma quatrième question, demanda à nouveau la reine. Durant sa vie, il ne bouge pas mais après sa mort il voyage d’un lieu à l’autre.

- Sans cette chose, je ne t’aurai jamais vue, répondit Salomon en soulignant la beauté de la reine par un geste de la main. Le bateau est en effet du bois de l’arbre que l’on abattu.

- Je t’ai posé quatre questions, convint la visiteuse, et tu les as toutes résolues. Mais permets-moi de t’en soumettre encore une. Qui est enterré avant de mourir et, une fois enterré, se lève à la vie ? Ceux qui l’ont mis en terre en tireront profit.

Salomon sourit :

- C’est là le destin du grain de seigle et de l’épi de blé.

- Et maintenant, ajouta la reine de Saba, quel est celui qui ne naît ni ne meurt ?

- Dieu, le Maître du ciel et de la terre, loué soit Son Nom, répondit Salomon.

La reine de Saba s’inclina devant le souverain et dit :

- Me permets-tu une septième et dernière question ?

- Comme il te plaira.

Alors la reine fit entrer les soixante enfants qu’elle avait emmenés avec elle de Kitor :

- Comme tu vois, ces enfants sont du même âge, de la même taille et vêtus pareillement. Pourtant il y a parmi eux des garçons et des filles. Saurais-tu les distinguer ?

Salomon répandit un sac de noix parmi les enfants. Les garçons remontèrent sans gêne leurs vêtements et remplirent les poches des pantalons qu’ils portaient dessous, tandis que les filles mettaient les noix dans leurs robes repliées.

- Voici les filles et voici les garçons, fit Salomon en désignant les enfants.

La reine de Saba reconnut alors qu’il n’était pas d’énigme que le roi d’Israël ne sût résoudre. Elle lui remit tous les cadeaux qu’elle avait apportés et Salomon la combla à son tour de riches présents. Aucun invité ne reçut d’accueil plus chaleureux et aucun ne séjourna si longtemps à Jérusalem.

- J’avais beaucoup entendu parler de toi pendant le voyage, lui confia la reine de Saba lorsqu’ils se séparèrent, mais je vois maintenant que tu es encore beaucoup plus sage et plus aimable qu’on le prétend. Béni soit Dieu, qui t’a accordé Sa faveur et t’a permis de régner dans la paix et l’équité.

 

Marie-Laure Tena – 16 décembre 2018

Source : Les contes juifs – Éditions Gründ 1986

* La sagesse, dans la Bible, fait l'objet d'un livre à part entière : Les proverbes. La sagesse à l'époque était de croire et de craindre Dieu  et de suivre Ses préceptes. C'était une qualité spirituelle que Dieu pouvait accorder, comme dans le cas de Salomon. La sagesse avait également un aspect pratique, concret comme la maîtrise d'un art, d'un métier ou un savoir-faire (source : interbible.org).

** La reine de Saba se nommait Bilqis ou Balqis et son pays, Saba, se situait soit au Yémen (l’ancienne Arabie heureuse) soit en Éthiopie. On disait d’elle qu’elle était une grande magicienne et qu’elle aurait eu un fils du roi d’Israël. Sa rencontre avec Salomon est racontée dans la Bible, dans le premier Livre des Rois, au chapitre 10.

*** Sage mais goujat !

Tag(s) : #ReinedeSaba, #Salomon, #Israël, #ConteJuif, #sagesse, #Contes&Légendes

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