Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vachères-en-Quint, dans le Diois, était un pays très très pauvre : partout des champs en pente sur lesquels ni le blé, ni le seigle ne daignaient pousser. Dans ce pays, vivaient des paysans très très pauvres qui, quotidiennement, se posaient la question de savoir comment survivre. Un seigneur y régnait, qui, chaque année, exigeait des paysans un lourd impôt. Cependant, dans un accès de bonté inespéré, il acceptait, parfois, que ces taxes soient payées en nature.

Un automne d'une année peu favorable au blé ou à la vigne, les paysans firent une excellente récolte de coings. Il fut donc décidé que les impôts seraient réglés avec ces fruits. Au cours de la réunion, sur la place du village de Vachères, un paysan proposa de livrer les coings déjà cuits. L'idée, jugée bonne, fut mise aussitôt en pratique. Un grand chaudron déborda, très vite, de ce liquide qui devient pâte ou gelée de fruits. Pour la suite, et comme le seigneur logeait au château de Sainte-Croix, les hommes emplirent des bauges* qu'ils posèrent sur le dos d'un âne, le rampillou** menant au château n'autorisant aucun autre moyen de locomotion.

Les coings, chacun sait cela, sont récoltés à la fin de l'automne, dès les premiers froids. Aussi, l'âne fut-il bien content de sentir la douce chaleur des coings cuits, de chaque côté de son ventre. L'équipage descendit le sentier, franchit la plaine et grimpa jusqu'aux trois tours de Sainte-Croix. Après avoir frappé, comme on doit toujours le faire à la porte d'un château, les paysans et l'âne se retrouvèrent dans la grande salle.

- Que faites-vous ici, gens de Vachères ? demanda le seigneur.

- Nous sommes venus payer notre dû. Et, cette année nous vous apportons des coings de notre récolte.

- Fort bien. Voyons-là un peu ce que vous avez glissé dans ces bauges.

Les hommes, alors, prirent les récipients et déversèrent la marmelade entre tiède sur le sol. Le seigneur entra en grande furie. Il ramassa la compote et la jeta à la figure des paysans, qui se replièrent, eux et leur âne, au grand galop !

La route du retour fut ponctuée par cette phrase pleine de sagesse :

- Heureusement qu'on avait pris la précaution de faire cuire les coings, sinon ils auraient pu nous faire mal quand on les a reçus sur la figure !

Depuis ce jour, paraît-il, Vachères-en-Quint s'appelle "le pays de la précaution".

Marie-Laure Tena - 1er décembre 2018

* bauge : sac de toile ou de jute

* Rampillou : sentier raide

Source : Entre diables et fées, contes et légendes en Vercors - Éditions Ombres et lumières - 2014

Tag(s) : #conte, #IlEtaitUneFois, #Noël, #Vercors, #Diois, #coings, #Contes&Légendes

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :