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Il existe en Chine une région appelée Xinjiang, plus précisément » Xinjiang Weiwuer zizhiqu » ou « région autonome ouïghoure du Xinjiang », entité administrative et politique créée en 1955 mais intégrée géographiquement au grand empire céleste depuis le XVIIIème siècle. Appelée aussi Turkestan oriental, cette région se situe dans le nord-ouest du pays, vers le lac Baïkal. C’est là que les plus de onze millions d’Ouïgours vivent,  même si les chinois d’origine han s’y installent de plus en plus, favorisés en cela par les politiques volontaristes de domination de la culture chinoise sur toutes les autres, comme ce qui se passe au Tibet. Les Ouïgours sont de confession musulmane dans une Chine fondée majoritairement sur le culte des dieux et des ancêtres, sur le taoïsme et le bouddhisme et un soupçon de christianisme.  

A l’origine, les Ouïgours ou Ouïghours sont un peuple nomade, associés aux Huns et aux mongols, et qui comme eux, se sont partagés de vastes territoires entre l’Europe et la Chine. Les Ouïgours sont d’origine turcophone, de l’Altaï, autrement dit d’une immense région située au carrefour de l’Asie centrale, de la Russie et de la Chine.

Du Vème siècle au XIIIème siècle de notre ère, influencés par les Nestoriens* venus de Syrie, les Ouïghours s’approprièrent leur écriture et le culte d’une doctrine d’origine chrétienne.  Alliés de la Chine, ils développèrent leur propre empire aux alentours du VIIIème siècle mais subirent la domination kirghize au milieu du IXème siècle puis à nouveau l'emprise chinoise. Après quelques conversions minoritaires à l’Islam, c’est au XIVème siècle que l’ensemble des Ouïghours se convertirent à l’Islam aux contacts des Turcs et de prédicateurs soufis**.

Il faut attendre le XXème siècle pour que les Ouïgours tentent d’obtenir leur indépendance, en vain, en établissant une république éphémère deux ans avant la Seconde guerre mondiale, écrasée par les soviétiques, puis une autre quatre ans après soutenue brièvement par la Chine communiste. Encore aujourd’hui, leurs origines centre-asiatiques les poussent à réclamer davantage d’autonomie voire l’indépendance vis-à-vis de la Chine pour se rapprocher des pays comme le Kazakhstan. Dans les années 80, un retour aux racines de l’Islam sunnite voit le jour parmi certains mouvements intellectuels. Depuis le 11 septembre 2001, date des attentats islamistes sur le sol américain, la Chine a renforcé sa présence dans le Xinjiang en usant de répression antimusulmane et de propagande diffusée par haut-parleurs dans les villes contre ses minorités musulmanes dont font partie les Ouïgours. En réponse à la coercition, certains Ouïgours ont opté pour la révolte et les attentats kamikazes, se rapprochant à l’occasion des cellules d’Al Qaïda dans la région. En 2009, de nombreux affrontements entre Ouïghours et police chinoise ont lieu. A partir de 2010, la répression anti-ouïghours et anti-islam s'intensifie. La riposte ouïghoure monte d'un cran et des attentats importants défraient la chronique.

En 2017, la Chine enlève des milliers de citoyens ouïghours et turcophones, des fonctionnaires, des artistes, des médecins, des sportifs, des entrepreneurs, des anonymes, et les enferme dans des camps d’internement (ou de concentrations ?). Dans un premier temps, le pouvoir central nie la répression et les disparitions importantes d’hommes et de femmes ou bien d’adolescents. Mais en octobre 2018, la Chine reconnaît avoir envoyer les Ouïgours arrêtés dans des « centres de formation professionnelle » où ces derniers connaissent en réalité l’emprisonnement et parfois la torture avant d’être rééduqués à longueur de journées en étudiant les discours du président chinois et en récitant des slogans niant leur identité musulmane. Les centaines de milliers voire le million de personnes raflées n’ont pas accès à un avocat, à leurs familles et ne savent pas à quel titre elles ont été emprisonnées. Il arrive que des familles récupèrent le cadavre d’un des leurs sans avoir été autopsié, sans cause officielle du décès. Selon un anthropologue dont les propos ont été repris par le journal suisse Le Temps en mai 2018, la majorité de la population masculine entre 15 et 55 ans a été raflée. En 1949, les Ouïghours représentaient 75 % de la population du Xinjiang. En 2000, ils en représentaient 46 % et aujourd’hui ?

Les ONG comme Amnesty International ainsi que l’ONU ont fait part de leur indignation à l’instar du reste de la communauté internationale mais la Chine a délégué ses diplomates pour riposter dans les média et sur internet et affirmer qu’il s’agit bien de centres de formation où les stagiaires sont payés pour développer leurs compétences professionnelles.

En appliquant à l’extrême une répression aveugle et à tout-va et une assimilation forcée, le pouvoir chinois veut éviter de nouveaux attentats et surtout faciliter et sécuriser le développement des routes commerciales de la Chine vers

l’Europe, qui passent par le Xinjiang, autrement dit les nouvelles routes de la soie.

Marie-Laure Tena – 18 octobre 2018

 

Sources : asialyst.com – cosmovisions.com – letemps.ch – lemonde.fr – persee.fr  - Russia Beyond pour la photo de l'Altaï : crédit Alexander Lechenok

* Doctrine élaborée par Nestorius au Vème siècle fondée sur l’idée d’une double nature et identité du Christ : humaine et divine.

** Soufisme : mouvement ésotérique et mystique de l’Islam.

 

Tag(s) : #Xinjiang, #Ouïgours, #Ouïghours, #Turkestan, #Islam, #Chine

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