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Je crois à l’avenir

Oui, les illusions dont toujours je me berce
En vain leurrent mon cœur d'un espoir décevant,
Impassible et cruel le monde les disperse,
Ainsi que des brins d'herbe emportés par le vent.

Et moi, me rattachant à ma fortune adverse,
J'étouffe dans mon sein tout penser énervant ;
Malgré mon désespoir et les pleurs que je verse,
Je crois à l'avenir, et je marche en avant !

Pour soutenir ma foi, j'affronte le martyre
Des sarcasmes que jette une amère satyre
A mon rêve d'amour le plus pur, le plus cher !

On peut tailler le roc, on peut mollir le fer.
Fondre le diamant, dissoudre l'or aux flammes,
Mais on ne fait jamais plier les grandes âmes !

Louise Colet, de son vrai nom Révoil de Servannes, née en 1810 et décédée en 1876, fut une poète et romancière célèbre en son temps. Femme passionnée, féministe et romantique, Louise Colet reçut quatre récompenses de l’Académie française pour ses œuvres.

Je désire toujours

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole,
Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ;
Mendier un espoir comme un pauvre une obole,
Le recevoir parfois, et longtemps s'en nourrir !

Puis, lorsqu'on y croyait, dans ce monde frivole
Ne pas trouver un cœur qui se laisse attendrir !
Sans fixer le bonheur voir le temps qui s'envole ;
Voir la vie épuisée, et n'oser pas mourir !

Car mourir sans goûter une joie ineffable,
Sans que la vérité réalise la fable
De mes rêves d'amour, de mes vœux superflus,

Non ! je ne le puis pas ! non, mon cœur s'y refuse
Pourtant ne croyez pas, hélas ! que je m'abuse :
Je désire toujours... mais je n'espère plus !

Montée à Paris, Louise épouse le compositeur Hippolyte Colet et ouvre rapidement un salon littéraire que de nombreux écrivains devenus célèbres fréquentent, et dont certains bénéficient du soutien intellectuel et affectif de la femme de lettres, comme le jeune et inconnu alors Gustave Flaubert qui lui écrit des lettres passionnées, du moins au début :

« Du 8 au 9 août 1846

Le ciel est pur ; la lune brille. J’entends des marins chanter qui lèvent l’ancre pour partir avec le flot qui va venir. Pas de nuages, pas de vent. La rivière est blanche sous la lune, noire dans l’ombre. Les papillons se jouent autour de mes bougies, et l’odeur de la nuit m’arrive par mes fenêtres ouvertes. Et toi, dors-tu ? Es-tu à ta fenêtre ? Penses-tu à celui qui pense à toi ? Rêves-tu ? Quelle est la couleur de ton songe ? Il y a huit jours que s’est passée notre belle promenade au bois de Boulogne. Quel abîme depuis ce jour-là ! Ces heures charmantes, pour les autres, sans doute, se sont écoulées comme les précédentes et comme les suivantes, mais pour nous ça a été un moment radieux dont le reflet éclairera toujours notre cœur. C’était beau de joie et de tendresse, n’est-ce pas, ma pauvre âme ? ... Oui, je reviendrai, et bientôt, car je pense à toi toujours, toujours, je rêve à ton visage, à tes épaules, à ton cou blanc, à ton sourire, à ta voix passionnée, violente et douce à la fois comme un cri d’amour. Je te l’ai dit, je crois, que c’était ta voix surtout que j’aimais.

Merci de ta bonne lettre, mais ne m’aime pas tant, ne m’aime pas tant, tu me fais mal ! Laisse-moi t’aimer, moi ; tu ne sais donc pas qu’aimer trop, ça porte malheur à tous deux ; c’est comme les enfants que l’on a trop caressés étant petits, ils meurent jeunes ; la vie n’est pas faite pour cela ; le bonheur est une monstruosité ! punis sont ceux qui le cherchent... »

Divorcée après huit ans de mariage, Louise Colet reçoit dans son salon Leconte de Lisle, Victor Cousin, Chateaubriand, Delacroix, Pradier, Eugène Sue, Musset, Dumas, etc. sans compter Victor Hugo avec lequel elle entretient une longue correspondance qui finit d’assoir sa renommée.

Elle est célèbre, lue, appréciée par le grand public quand Flaubert, jeune écrivain, fait sa connaissance et partage avec elle une relation passionnée et aléatoire qui dure neuf ans. Profondément déçue par les absences de Flaubert, Louise Colet utilise des aspects de la personnalité de ce dernier dans certains de ses romans tragiques. Flaubert comprend bien le message et, après avoir connu son premier succès avec la parution de «Madame Bovary » rétorque en dénigrant le travail de la femme de lettres. Peu à peu, les romans et récits dont « récits de jeunesse » ou « histoire de soldat » et les poèmes de Louise Colet tombent dans l’oubli.

Lassitude

Il est de ces longs jours d'indicible malaise
Où l'on voudrait dormir du lourd sommeil des morts ;
De ces heures d'angoisse où l'existence pèse
Sur l'âme et sur le corps :

Alors on cherche en vain une douce pensée,
Une image riante, un souvenir fécond ;
L'âme lutte un instant, puis retombe affaissée
Sous son ennui profond.

Alors tout ce qui charme et tout ce que l'on aime
Pour nos yeux dessillés n'a qu'un éclat trompeur ;
Et le bonheur rêvé, s'il vient, ne peut pas même
Vaincre notre torpeur.

C’est en 2015 que la maison d’édition Archipoche publie deux romans de Louise Colet : « Un drame dans la rue de Rivoli » et « Histoire de soldat ».

Louise Colet a écrit des poèmes, des romans, des articles et des récits de voyage (en Egypte avec Théophile Gautier). Prolifique et sûre d’elle, célèbre et reconnue comme femme de lettres en son temps, féministe luttant contre le mariage arrangé, elle a  patronné et soutenu des espoirs de la littérature française qui ont peu à peu occulté l’ensemble de son œuvre.

Marie-Laure Tena – 13 septembre 2018

 

Sources : salon-littéraire.linternaute.com – babelio.com  - poesie-française.fr – deslettres.fr

Tag(s) : #LouiseColet, #Textes poétiques, #Flaubert, #poésie

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