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Mythe, légende, saga, épopée, conte, geste et récit picaresque sont des mots ou expressions qui font rêver et nous plongent dans l’histoire et l’imaginaire pluriséculaires. C’était avant l’Histoire, avant les avancées scientifiques, avant l’industrialisation des sociétés, quand le ciel, les aurores boréales, les héros du Septentrion ou de l’Olympe, quand le destin déchiré de familles divines ou humaines, l’apparition d’animaux fabuleux ou d’ennemis terribles, les actes vaillants et les énigmes initiatiques avaient encore de la valeur et guidaient les sociétés et les civilisations humaines. C’était aussi l’époque des récits batailleurs, baroques et parfois loufoques, je pense ici aux picaros sur lesquels je reviendrai.

Le mythe se veut fondateur. Il présente une vision du monde, de la naissance de ce monde et des règles sacrées ou taboues, tel le mythe de l’Age d’or, d’Œdipe ou du Titan Prométhée qui donna le feu aux hommes et en fut puni jusqu’à sa libération par le demi-dieu Hercule. Le mythe désigne également une allégorie, une théorie philosophique comme le fameux « mythe de la caverne » de Platon. Pour l’anthropologue et philosophe René Girard, il n’existe qu’un seul mythe fondateur, celui de la violence fondatrice des sociétés humaines. Mais dans la vie courante, quand on dit « c’est un mythe », c’est pour parler d’une chose fausse ou d’une légende urbaine.

La légende est un récit mêlant des éléments historiques lointains avec des éléments relevant du merveilleux ou de l’imaginaire, de la fiction. L’histoire

initiale est modifiée par ses conteurs, valorisant ou dépréciant les faits et les protagonistes. Au fil des années et des siècles, on ne sait plus si la légende est en partie vraie ou non. La légende du Roi Arthur a tenté d’être démontrée par des archéologues au cours du XXème siècle. La Tour de Babel cherche encore son site géographique en Irak. La légende dorée de Jacques de Voragines décrit la vie des apôtres et des Saints après les Evangiles. A ce propos, le mot « légende » est issu du latin médiéval « legenda » «vie de saint », issu du latin « legere » pour « ce qui doit être lu ».

La saga est scandinave et son origine est islandaise. Elle émerge au Moyen-âge vers le Xème siècle et s’étend aux pays anglo-saxons et germaniques. La

saga se présente comme un récit historique en prose et dans la langue du pays (langue vernaculaire), dans un style simple et précis. La saga raconte l’histoire d’un héros, d’un homme ou d’une femme qui affronte et assume son destin, comme la saga de Beowulf ou d’Eirikr le Rouge. Il y a les sagas royales vikings, les sagas des Islandais mettant en scène d’honorables personnages agissant pour leur pays et des sagas reposant sur des poèmes et des légendes. La saga doit nécessairement reposer sur des faits dignes d’être racontés.

Contrairement à la saga, l’épopée est loin d’être concise.  L’épopée, comme l’épopée de Gilgamesh (Mésopotamie ; civilisation de l’Indus ?), du Mahabbarata (Inde) ou de l’Illiade (Grèce), la chanson des Nibelungen (Allemagne), celle des Trois Royaumes

(Chine) ou encore l’épopée de Sondjata ou des Mandingues (Guinée) ... relèvent du genre épique. C’est un long poème en rimes ou en prose racontant des faits formidables ou les exploits héroïques d’un personnage légendaire ou historique, à l’enfance extraordinaire. L’épopée, parlée ou chantée, soumet l’auditoire à une extase collective. On dit que le récit est épique voire mythique car il glorifie un enseignement, une tradition locale ou nationale, un code moral ou un symbolisme purificateur, grâce à la figure du héros ou de l’héroïne d’une contrée donnée.

Il existe le conte de fée, le conte populaire, le conte moral ou licencieux, les contes ethniques comme les contes tsiganes, chinois, africains, créoles, amérindiens, etc. et le conte philosophique à l’instar de « Candide » de Voltaire. Nous connaissons les contes des Mille et une nuits, les contes de Perrault, des frères Grimm, d’Andersen qu’on nous a lu enfants et que certains ont analysé comme Bruno Bettelheim dans «Psychanalyse des contes de fées.

Le conte populaire relate des scènes de vie, les aventures quotidiennes des paysans ou des habitants des villes face à la mort, au diable, aux difficultés de la vie, et donne à voir des solutions ou des explications parfois amusantes, religieuses ou paillardes pour y remédier. Je pense ici aux Contes de mon moulin, d’Alphonse Daudet.  Le conte est court, fictif et distrayant.

La geste (mot féminin) ou la chanson de geste, récit médiéval en vers, conte les faits d’un héros ou d’un personnage célèbre. Le mot vient du latin « res gestae » pour désigner les hauts-faits ou exploits, comme dans la chanson de Roland, la chanson de geste de Guillaume d’Orange ou celle de Garin. La geste, souvent militaire ou du moins belliqueuse, utilise peu le ressort du merveilleux même si l’on retrouve une épée dotée de pouvoirs, telle Durandale, l’épée de Roland, ou l’intervention furtive d’archanges.

Le récit picaresque, fréquent aux XVIème et XVIIème siècles, est un style littéraire d’origine espagnole et ses héros, souvent débraillés, sont les picaros ou aventuriers. Oui, les mêmes picaros que l’on retrouve dans le titre « Tintin et les Picaros ». Le mot espagnol « picaro » désigne un misérable, finalement un vaurien,

un anti-héros issu d’un milieu pauvre. Le récit picaresque est long et parsemé d’une foule de personnages et d’aventuriers pittoresques se frottant aux obstacles de la vie, au fil des rencontres de toutes sortes et qui remettent en question l’ordre établi. Les Picaros sont paillards et sans scrupules. Cervantès a écrit des nouvelles de style picaresque avant d’entamer «Vie et aventures de Don Quichotte de la Mancha », lui-même assez proche d’un aventurier en hardes, courant les chemins d’Espagne à la recherche d’ennemis fictifs mais se faisant battre par plus rusé que lui. Le récit picaresque le plus connu est celui de « La vie de Guzman d’Alfarache » entre 1599 et 1604. Ce style picaresque est repris en Europe avec le récit français de « Gil Blas » au début du XVIIIème siècle ou celui de « Moll Flanders » en Angleterre. Sans compter "Huckleberry Finn" de Mark Twain...

Quelle variété dans les genres littéraires de la tradition orale ou écrite ! Tous sont distrayants et parfois instructifs sur le passé de l’humanité, ses différentes traditions culturelles et quotidiennes. On apprend beaucoup sur la condition humaine et sur une exigence de dépassement de soi ou de remise en question des codes établis. J’espère vous avoir présenté un univers fascinant et merveilleux.

Marie-Laure Tena – 1er juin  2018

Sources : mythologica.fr – clio.fr (Régis Boyer, professeur émérite de langues, civilisations et littératures scandinaves) – universalis.fr – euroconte.org - geudensherman.wordpress.com

Tag(s) : #culture générale, #mythe, #légende, #saga, #épopée, #conte, #geste, #RécitPicaresque, #picaro

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